Kessel

Le jour où j'ai douté d'une alliance à gauche

Quel-le-s candidat-es investi-es pour un Front Populaire ? Quelles concessions faut-il faire ?

Perdre PiedS
2 min ⋅ 12/06/2024

Je me garderais bien d’analyser la volonté d’Emmanuel Macron en dissolvant l’Assemblée Nationale, j’en prends simplement acte.
Je me contenterai de faire remarquer l’évidence : la gauche a quelques jours pour investir des candidat-es dans des circonscriptions déjà gagnées ou potentiellement gagnables. Il est en effet malheureusement illusoire de tenter de gagner des circos toutes acquises à l’extrême-droite en deux semaines.

Je note avec plaisir la décision du NPA de rejoindre le combat unitaire. Si l’on souhaite, qu’après les élections, les convictions portées par les partis les plus à gauche soient discutées et adoptées par les autres, il faut être à côté de celles et ceux qui se mobilisent maintenant, pas les regarder de loin. J’aurais aimé y voir Lutte Ouvrière mais je suis décidément trop optimiste à mon grand âge.

Mais c’est du cas Quatennens dont je souhaite discuter ici. Quatennens a été condamné pour violences conjugales et pourtant réinvesti par la LFI.
Un point. J’entends celles et ceux qui parlent de condamnation et je les comprends. Mais je suis un peu surprise de nous voir aussi légalistes à gauche en arguant qu’il n’y a pas d’antisémitisme à la LFI puisque personne n’a été condamné et que Quatennens doit être écarté puisqu’il l’a été.
La justice, en matière de violences faites aux femmes, de racismeS, d’homophobie, de transphobie passe peu ou mal. Il faut bien sûr se réjouir que Quatennens ait été condamné mais nous ne devons pas en faire l’alpha et l’omega de nos prises de décision. De nombreux hommes ont été accusés de violences, n’ont ni été jugés ni condamnés et cela ne leur donne pas pour autant un blanc seing où que ce soit.
D’autres à gauche ont tenu des propos racistes, islamophobes, homophobes, transphobes ; il n’y a pas eu de plainte et a fortiori de condamnation et cela ne doit pas nous empêcher de les dénoncer. Personnellement ce n’est pas la condamnation de Quatennens que j’ai relevée mais le fait que son ex femme ait dénoncé plusieurs faits de violence, que Quatennens n’a eu de cesse de les minimiser et les excuser.
Et je constate qu’au cours des années, des militant-es ont dénoncé des propos islamophobes, antisémites, sexistes, homophobes, transphobes par des députés de la NUPES et que cela n’a pas moins de valeur car il n’y a pas de condamnation.

Mais revenons à Quatennens. Je me pose la question de la pertinence - et je dis bien que je me pose la question je n’ai aucune certitude là dessus - à ne pas l’investir pour les législatives.
Il est insupportable de le voir s’exprimer et pérorer comme si tout était oublié. J’avais fait un post Instagram où je parlais de son outrecuidance à oser parler des violences faites aux femmes. Le 13 mars il était interrogé par Appoline de Malherbe sur Mathias Vicherat, directeur de sc po, renvoyé devant le tribunal correctionnel pour violences conjugales et il se permettait de donner son avis sur le sujet. Le voir se positionner sur un quelconque sujet que ce soit, qui plus est ré-investi par la LFI m’a donné la nausée. Investir un homme condamné pour violences conjugales envoie un message atroce en termes d’impunité.

Mais il y a jusqu’à dimanche pour trouver un-e candidat-e capable. Quatennens avait fait 65% en 2022. Cet après-midi j’ai du lister la liste des députés NUPES élu-es en 2022 et dieu sait si des noms me font grincer les dents. Mais je les serre, je ronge mon frein et je dis qu’on règlera ca ensuite. Comment je ne sais pas.
Le Nord est très ancré RN et Renaissance. Il y a peu de bastions à gauche qu’il serait dommage de perdre.
Je crains qu’il ne faille investir Quatennens malgré tout. Parce qu’il a la confiance de ses électeurs et électrices qu’un-e autre n’aura peut-être pas. Parce qu’il n’y a pas de temps à perdre dans les bastions de gauche et qu’il faut conserver son énergies pour les circos qui sont encore gagnables.
Et je dis cela, l’amertume à la bouche en me disant que décidément nous aurons fait toutes les compromissions possibles.

Perdre PiedS

Par Valérie Rey-Robert

Je m’appelle Valérie Rey-Robert et je suis féministe depuis plus de 30 ans.
J’ai beaucoup écrit sur les violences sexuelles, la culture du viol, les masculinités et le sexisme dans la culture populaire.
Etre féministe nous oblige à sans cesse réviser notre copie et penser des situations qu’on n’avait pas envisagées. Tenir compte de l’ensemble des discriminations vécues, penser chaque cas nous fait nous remettre en cause en permanence, nous interroger et repenser nos points de vue.
Et j’ai aussi 50 ans. Ma vie, parfois pas tellement facile, m’a obligée à me confronter à des moments où j’ai douté, ou je doute encore. Il est peu dans mon caractère de le partager et je vais m’y obliger avec cette newsletter.

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