Faut-il être de droite pour aimer le sport ?

Le sport est il bon contre la dépression ?

Perdre PiedS
4 min ⋅ 16/08/2024

Du plus loin que je me souvienne j’ai toujours détesté le sport.
Très tôt, ma mère m’a mise à la danse classique car elle voulait imiter les codes de la bourgeoisie de province à laquelle elle voulait désespérément appartenir. J’étais gauche et souple comme un bâton ; la professeure ne s’occupait que des élèves qui avaient quelques ambitions d’en faire leur activité professionnelle.
Au collège, j’étais vraiment nulle en course longue ; j’étais essoufflée très rapidement. Et jamais la prof ne m’a appris à respirer convenablement. J’avais peur de la balle et j’étais donc toujours la dernière choisie pour la constitution des équipes.
J’ai réussi à me faire dispenser de sport pour tout le lycée et n’ai jamais repris aucune activité sportive.
Parallèlement j’avais un léger souci de gestion des émotions qui m’a entrainée dans différentes addictions : alcool, haschich, shopping, troubles du comportement alimentaire, lexomyl, cigarettes, comportements à risque, violence etc.
Au suicide de mon père, j’ai arrêté deux de ces addictions ; l’alcool et le haschich. Ce ne sont pas les moindres mais il fallait bien les compenser, particulièrement dans ce moment-là qui était difficile. (un jour j’arriverais à écrire que la mort de mon père est un peu au delà de “difficile”);

Et je me suis naturellement tournée vers la cigarette. Dans les années qui ont précédé mon arrêt, je fumais entre 2 et 3 paquets par jour.
J’adorais la cigarette. J’aurais sacrifié beaucoup de choses pour elle. Mon souci de gestion des émotions a beaucoup d’inconvénients mais quelques qualités. Un jour, devant un résultat de prise de sang avec un chiffre vaguement hors de la norme, je me suis persuadée d’un énième cancer et j’ai arrêté la cigarette. Immédiatement. Sans autre aide que des bonbons Haribo et 6 boites de cachou par jour (c’est du réglisse) (je vous ai dit que j’avais un peu de mal avec la mesure ?).
J’ai évidemment fait une dépression à l’arrêt de la cigarette qui n’a pas été prise en charge parce que les médecins considéraient qu’arrêter de fumer ne présentait que des avantages. J’avais des poussées de violence atroces, je ne faisais que pleurer mais super j‘avais arrêté de fumer.
Il commençait à ne plus me rester grand-chose comme addictions pour redescendre quand les émotions étaient trop rudes.
Vers 2017, j’ai donc décidé de me mettre au crossfit. Je lis sur un site web “Il s'agit d'un programme de renforcement musculaire ultra cardio.” C’est une bonne définition :)
Je me suis alors rendue compte que je payais mes 30 années sans sport : je peinais à reproduire les mouvements les plus simples. Là où certain-es les enregistraient en dix minutes, il me fallait des heures et des heures. Comme mon prof le disait, on ne pouvait pas lire Proust juste après avoir commencé à apprendre à lire. J’étais grande débutante en lecture. C’était frustrant mais il fallait bien faire avec.
Je n’avais toujours aucune souplesse, peu de force, mais j’avais deux choses pour moi ; un cœur qui adorait le type de cardio mobilisé pendant le crossfit et un orgueil en béton armé.
Alors bien sûr j’en ai trop fait. Je suis allée jusqu’aux œdèmes aux fémurs. J’ai un peu plus bousillé mes genoux. Je ne dirais pas que le sport m’a sauvée la vie mais il m’a considérablement aidée. J’ai découvert (au bout de deux ans tout de même) la joie d’avoir des décharges d’endorphines. C’est ce que j’allais chercher avec mes diverses addictions antérieures.

j’ai bien conscience que mon rapport au sport n’est pas sain. Mais il ne saurait être comparé à la prise d’alcool, de cigarettes ou autres drogues. Oui sans aucun doute que le sport rentre dans un process d’orthorexie et de TCA. Mais, par ailleurs, c’est la moins grave des addictions que je peux avoir. Et à presque 50 ans j’ai renoncé à fonctionner sans addiction. Oui lorsque je me blesse (et à 49 ans on se blesse souvent), il faut bien trouver autre chose pour me calmer.

Alors sans me transformer en notre cauchemar à tous et toutes, j’ai nommé Tibo In Shape, et si évidemment votre condition physique et mentale le permet, je me permets de vous conseiller le sport. Et je me surprends moi même en le disant. Non ce n’est pas une idée reçue que cela nettoie la tête. Quand je suis extrêmement mal (= suicidaire) il n’est évidemment pas question de faire du sport. Mais quand ma souffrance psychique est vers 5 ou 6, alors le sport m’aide clairement à passer la crise. A cause des fameuses endorphines. Sans doute que c’est une cercle vicieux d’aller chercher la souffrance physique pour calmer la douleur psychique, mais depuis deux ans je me dis que je fais vraiment du mieux que je peux.

Ce discours est compliqué à tenir parce qu’il peut sembler proche de “quand on veut on peut” et autre “rien à foutre de ta dépression”. Ce n’est évidemment pas le cas et je parle d’une place où pendant un an et demi j’ai lutté contre des pulsions suicidaires extrêmement fortes. Et bien sûr je n’ai fait aucun sport à cette période.
Depuis que je vais mieux, le sport est à nouveau là et il m’aide au quotidien. il m’oblige à une routine dont j’ai besoin pour ne pas partir en vrille. Il me procure des endorphines et une fatigue physique qui m’aident à m’apaiser et à dormir.

Même si les regrets ne servent à rien, je regrette de ne pas y avoir pensé avant, de m’être dit que c’était vraiment un move de connard de droite (et j’avoue qu’une certaine gauche actuelle m’a fait hésiter à écrire ce texte) mais puisqu’il m’est utile, autant vous le partager.

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Perdre PiedS

Par Valérie Rey-Robert

Je m’appelle Valérie Rey-Robert et je suis féministe depuis plus de 30 ans.
J’ai beaucoup écrit sur les violences sexuelles, la culture du viol, les masculinités et le sexisme dans la culture populaire.
Etre féministe nous oblige à sans cesse réviser notre copie et penser des situations qu’on n’avait pas envisagées. Tenir compte de l’ensemble des discriminations vécues, penser chaque cas nous fait nous remettre en cause en permanence, nous interroger et repenser nos points de vue.
Et j’ai aussi 50 ans. Ma vie, parfois pas tellement facile, m’a obligée à me confronter à des moments où j’ai douté, ou je doute encore. Il est peu dans mon caractère de le partager et je vais m’y obliger avec cette newsletter.

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